Deuil/violences intimes

Vous êtes dans la rubrique "Travaux de recherche"»"Communications orales"

Parents endeuillés : vécu et attentes envers le médecin généraliste

82

Auteurs : E.Benedini,  S.Gormand
Courriel : elisebenedini@orange.fr

Introduction :
Le médecin généraliste est à la première place pour prendre en charge les familles endeuillées. Lorsque le patient est un enfant, ce drame est vécu par les familles comme un évènement cruel, mais il est également difficile à vivre du côté du médecin qui ne sait pas toujours comment aider, entrer en contact et accompagner ces familles.
Quel est le vécu des parents endeuillés ? Quelle est la place du médecin généraliste dans l'accompagnement d'une famille endeuillée par la perte d'un enfant ?


Méthode :
Etude qualitative par entretiens semi-dirigés entre juillet 2013 et février 2014 auprès de 15 parents ayant perdu un enfant

Résultats :
La perte d'un enfant a été vécue par les parents comme un choc violent, suivi de culpabilité. Ils ont dû apprendre une nouvelle vie avec l'absence de leur enfant. Les « signes » de leur enfant décédé leur ont apporté aide et réconfort. Ils ont attendu de leur médecin généraliste une prise de contact, des explications, une écoute. Le médecin était souhaité humain, moins technique. L'évocation de l'enfant décédé permettait de maintenir son souvenir vivant.

Discussion :
Les parents espèrent de leur médecin généraliste une prise de contact au moment du décès de leur enfant, puis être guidés, orientés et accompagnés. L'émotion du soignant n'est pas vécue comme un rappel douloureux mais comme une libération. Le parent reste parent au delà de l'absence.

Quand les victimes d'inceste sortent du silence

84

Auteurs : E. Benedini,  C. Charbit
Courriel : elisebenedini@orange.fr

Introduction :
En France, les études de victimisation sont rares. Dans l'enquête IPSOS- AIVI (association internationale des victimes d'inceste) de 2009 auprès de 931 personnes, 3% des interrogés déclaraient avoir été victimes d'inceste (5 % des femmes, 1% des hommes)
Dans l'enquête CSF (Contexte de la sexualité en France), menée par l'INED et l'INSERM en 2006, sur un échantillon de 6824 femmes, 10%  avaient eu au moins une tentative ou un rapport sexuel forcé avant leurs 18 ans. 27% de ces abus étaient intrafamiliaux.

Soumis à la loi du silence et également à un devoir de loyauté, les enfants victimes de violences sexuelles trop souvent n'en parleront jamais ou seulement des décennies plus tard. Seulement 9% des victimes en parlent pour la première fois à leur médecin.
Devant ce constat, quelles sont les attentes des victimes d'inceste par rapport à leur médecin généraliste ? Quels sont leurs freins pour lui en parler ?


Méthode :
Etude qualitative par entretiens semi dirigés auprès de 15 adultes victimes d'inceste dans leur enfance.

Résultats :
L'enfance était marquée par de nombreux symptômes répétés, qui persistaient et se diversifiaient à l'âge adulte, points d'alerte pour les médecins. La normalité du vécu, la peur de trahir la famille, puis la honte, la culpabilité, les jugements étaient les principaux freins à la parole pour l'enfant puis l'adulte. C'était au médecin d'interroger systématiquement sur d'éventuelles violences subies. Les victimes souhaitaient être écoutées, recevoir des explications sur leurs symptômes en lien avec les traumatismes et être accompagnées.

Discussion :
Prendre du recul sur des symptômes répétés chez un enfant et l'interroger alors seul sans ses parents, poser systématiquement à tout adulte la question d'éventuelles violences subies dans l'enfance permettraient aux praticiens d'abattre les "murs de silence" qui emprisonnent les victimes d'inceste.

Le patient Alzheimer vivant à domicile et les facteurs prédictifs du fardeau de l'aidant principal

100

Auteurs : A. Stillmunkés,  M.-H. Loubatières,  B. Chicoulaa,  S. Bismuth,  M. Bismuth,  S. Oustric
Courriel : m.bismuth@wanadoo.fr

Introduction :
Le maintien à domicile du patient Alzheimer nécessite un aidant principal. Ce dernier est à risque de fardeau élevé. Le médecin généraliste doit en rechercher les facteurs prédictifs.
Ce travail a pour but d'identifier les facteurs influençant le fardeau de l'aidant principal du patient Alzheimer vivant à domicile.


Méthode :
Revue de la littérature (janvier 1990 à novembre 2013) :
  • bases de données : Pub Med, Cochrane, Web of Science, BDSP, SUDOC.
  • mots clés : «Alzheimer disease AND caregiver burden AND caregiver characteristics », « maladie d'Alzheimer ET fardeau de l'aidant ».
  • critères de sélection : diagnostic Alzheimer établi, patient vivant à domicile, aidant principal identifié.
  • qualité des articles évaluée avec la grille CONSORT.


Résultats :
Sur 458 articles trouvés, 36 sélectionnés ont identifié 3 types de facteurs prédictifs de fardeau élevé :
  • les patients : homme jeune de bas niveau éducatif, pathologie sévère et ancienne, troubles du comportement importants, score ADL très dégradé, importantes aides techniques, coût de prise en charge élevé.
  • les aidants principaux : femme jeune de bas niveau éducatif (épouse, fille), vivant avec le patient depuis plusieurs années, faibles capacités de coping et self-control, passant beaucoup de temps aux soins du patient, état de santé et statut financier précaires.
  • la relation patient-aidant/entourage : aidant peu entouré, relation et communication de mauvaise qualité, entourage avec demandes importantes de soins et de tâches à remplir.


Discussion :
Des caractéristiques du couple patient-aidant sont prédictives d'un épuisement de l'aidant :
  • certaines sont modifiables par l'éducation thérapeutique, des consultations de prévention de l'aidant, une meilleure prise en charge de la démence.
  • certaines ne le sont pas et nécessitent la mise en place rapide d'aides au domicile, un soutien accru, des séjours en structures de répit, voire une entrée en institution.

SESAME-2 Prévalence des troubles psychiatriques communs identifiés par Patient Health Questionnaire et détection par le médecin généraliste

230

Auteurs : M. David,  J. Norton,  C. Gandubert,  F. Carbonnel,  D. Capdevielle.
Courriel : michel.david@univ-montp1.fr

Introduction :
Peu d'études récentes ont étudié la prévalence des troubles psychiatriques en médecine générale française. Dans l'étude SESAME-1 en 2003, 27% des patients répondant au Patient Health Questionnaire (PHQ) présentaient les critères diagnostiques d'un trouble psychiatrique dit ‘commun' (TPC) : anxiété (10.7%), dépression mineur et majeur (16.5%), troubles somatoformes (11.3%). Le médecin généraliste (MG) détectait un trouble psychiatrique chez 51% de ces derniers. Toutefois, l'organisation des soins a considérablement changé depuis, avec notamment l'introduction du dispositif du Médecin Traitant (MT).
Plus récemment, dans l'étude ECOGEN (2012), décrivant 20 818 consultations chez 128 médecins généralistes, l'anxiété représentait 3.7% des consultations et la dépression 5.8%.
Dans l'étude SESAME-2, notre objectif était d'évaluer, chez les patients consultant un MG en 2013:
  • la prévalence des troubles psychiatriques selon le PHQ ;
  • la fréquence des troubles psychiatriques repérés par le MG ;
  • le niveau de détection par le MG des troubles identifiés au PHQ.



Méthode :
Etude transversale réalisée chez 1133 patients consultant 38 MG installés dans 4 secteurs psychiatriques de l'Hérault. Dans chaque salle d'attente environ 30 patients consécutifs (âge 18+, comprenant le français) et consentants ont été recrutés. L'auto-questionnaire patient comportait une version française du PHQ complet. Pour chaque patient, un questionnaire médecin portait sur le repérage des troubles psychiatriques et sa prise en charge.

Résultats :
La prévalence des TPC d'après le PHQ était de 25.4%. Des symptômes psychiatriques, quel qu'en soit le degré et le diagnostic, étaient repéré par le MG chez 30,6% des patients. En tout, 52.6% des troubles psychiatriques selon le PHQ étaient détectés par le MG.

Discussion :
La prévalence des TPC et le niveau de détection par le MG ont peu évolués depuis 2003. Contrairement à nos attentes, le dispositif du MT, créé pour un meilleur suivi des patients, ne semble pas permettre une meilleure détection des TPC.